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Rohini Bannerjee

About Rohini Bannerjee

Rohini Bannerjee est professeure agrégée en études francophones dans le Département de langues modernes et de classiques, ainsi que affiliée avec le programme d’études féministes et « gender studies » et avec le programme d’études asiatiques à Saint Mary's University, à Halifax, en Nouvelle-Ecosse. Ses recherches incluent les littératures et les cultures francophones de l’Océan Indien, en particulier celles de l’Ile Maurice. En septembre 2019, elle va commencer un mandat de trois ans en tant que coordinatrice du programme gradué d'études de développement international à Saint Mary's University.

(Se) détordre la langue

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À quoi serviraient les expériences sans la perspective de les répéter ?
La vie, au fond, est un nombre infini de variations sur un même thème. 
—-Antonine MAILLET, Romancière et dramaturge acadienne

Ce numéro 15 d’Understorey Magazine se concentre sur les histoires des vies des femmes qui vivent une certaine francophonie au Canada atlantique, c’est-à-dire, leur propre francophonie, à elles. Nos auteures répètent, partagent, soulignent, à travers des plumes lucides, provocantes, luxueuses, traditionnelles, de formation et autre, leurs expériences; celles qui font partie de la mosaïque sociolinguistique de la région distincte du Canada atlantique.

En tant que locutrice francophone de formation moi-même, quelqu’un qui est née dans une famille immigrante punjabi-hindi-urduphone, un foyer enfoncé dans l’anglais du quotidien nouvelle-écossais, le français appartenait à une certaine population et par la suite, non pas à moi. Grâce à une formation solide à l’école et à une certaine affinité pour l’interculturalité, j’ai appris la langue française en Nouvelle-Ecosse avec enthousiasme. J’ai pris la décision d’outrepasser les barrières imposées sur et par moi-même pour poursuivre des études graduées en français.

To see someone that looks like you speaking French is really impressive.
Why?
Well, it is not what you expect.

Les mémoires des moments au foyer acadien continuent à travers la plume vivante de Paulette LARADE qui, par le biais de quatre strophes, raconte, de manière éloquente, toute une histoire familiale. La famille, vue parfois comme la vis quotidienne d’une langue, reste à la pointe de la plume poétique de Morgan MACKAY où l’espace, l’esprit et le pouvoir du message s’entrelacent pour offrir une image forte des liens familiaux. Notre dernière contribution poétique vient de Martine JACQUOT qui nous emmène sur un voyage chronologique de sons et de silences, de larmes et de rires ; les lecteurs (sur) vivent « un grand fracas, » comme elle nous démontre.

Les quatre contributions de non-fiction qui honorent ce numéro évoquent l’expérience de vivre la langue française aux multiples facettes. Sophie BEAULÉ donne vie à la notion de l’ailleurs, celui qui est subjectif, impulsif, constructif et tout simplement beau. Grâce à France SAVOIE-FRISON, l’acte d’écrire la langue française devient un moment poussé-tiré, perçant non seulement l’encre de la plume mais l’esprit de l’âme à la francophone.

Je suis tellement fière d’inclure deux contributions de non-fiction de deux de mes anciennes étudiant.e.s ; deux femmes pour qui le contact avec le français rend des émotions différentes. Pour Sonja WILLIAMS, la fierté d’être acadienne ne serait jamais en question, malgré le fait qu’elle a pris le nom anglais de son mari après le mariage. En ce qui concerne Ève POWELL, en portant déjà un nom anglophone, le français est devenu un certain kismet, un destin, car le français n’était pas présent au niveau d’héritage, mais par une introduction à l’immersion en école. Vive la Francophonie!

Carpe Diem

Au café, je prends une chaise
café crème qui fulmine mes lèvres pulpeuses
et
je m’assois.
Il n’est pas loin, aux cheveux roux
ses tatouages qui me rendent du confort, du désir
sont visibles
palpables.

Et je parle français, via Skype or whatever…
Doigts croisés qu’il puisse entendre
les sons
les syllabes
les siffles

Je ne chuchote pas.

En périphérique, je vois qu’il m’écoute.
La vapeur de son thé
tournoie
comme ma langue sur mes lèvres.

And maybe, just maybe…

Busting Bollywood and
Aged Cumin

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Busting Bollywood — A Ghazal

Fair, light, gori gori of course.
Mukherjee Sunderji is she.
Vibrations and hips in sync.
Unnatural crimson is she.

You are so young. You are so ripe.

Cinema lights are bright and bold.
Dalit untouchable is she.
Unbutton more, the director nudges.
Hijra with henna hands is she.

You look so young. You are a peach.

Say no this time.
You can refuse.
#metoo
Lips are sealed. No kissing. Body is rock is she.

You are a doll. You are an angel.

One more take and scene is rough.
Playback singer Bollywood glam.
Tickets sold. Masala snacks in hand.
It will be all worth it.

A young starlette is born.

 


Galaxy by Sherry Lynn Jollymore

 

Aged Cumin — A Ghazal

I use the mortar that grinds his scent from my neck.
Grind and crush away the Old Spice of his sweat.
Oil, ghee, sweet rice and green cardamom, elaichi, together.
The pan is hot and ready.

I am aging. I am of age.

I hide the spatula once again. He can no longer use it on me.
I know better. I know where to hide, to hide it, to hide me.
Of all my lust trapped in this kitchen, my hair will not be pulled.
When I burn the biryani or over-salt the kebabs, his mirchi fingers become a fist.

I have wisdom. I am ready.

Bruises are never black, my mother reminds me.
Bruises are sometimes blue, my father tells me.
The tandoor is not in use anymore, my heart knows this.
The bleeding stopped last year when the sweating never ended.

I will not mourn any more lost babies.

Bleeding lip and turmeric to hide the scars, my grandmother once told me.
I have no fresh cumin anymore. Rancid zeera, no flavour, just blackish seeds in a jar.
With my throbbing chest, with my breasts, I feel.
I will not be torn anymore.

I am aging. I am of age.

Rub the mango. I share the seeds. Grind it fresh, for my daughter and her daughter.
Garam Masala in the rogan josh.
He bites and eats and savours it and is pleased. Satiation.
He will not complain about it anymore.

I have aged.